Isabelle Vasseur / L'humanitaire-soldat de la politique
Publié le 23-03-2011
Isabelle Vasseur / L'humanitaire-soldat de la politique
Publié dans l'UNION le mardi 22 mars 2011 à 11H00
Isabelle Vasseur
Bernard Sivade
Fille et petite-fille de militaires du côté paternel, Isabelle Vasseur semble mener les différentes étapes de sa carrière comme autant de batailles. Avec rigueur, détermination et u rien de panache gascon. Portrait d'une femme qui sait concilier les contraires : le gaullisme de la mère et l'anti-gaullisme du père, les valeurs de droite et l'humanitaire.
DE son père, militaire de carrière, elle dit : « Il était autoritaire. C'est une autorité que l'on conteste quand on est jeune. Mais je lui en suis reconnaissante. Ça m'a aidée à me construire. J'ai le sens des rails. »
Cet autoportrait n'est pas faux, car on a du mal à percevoir les failles chez notre députée de l'Aisne, qui ne pratique pourtant pas l'esquive. Seul indice de révolte peut-être, ces dossiers qui traînent par terre. Autrement, on ne doute pas que la vie de notre députée soit cadrée et même très cadrée. D'où peut-être ces lignes de fuite, vers l'humanitaire et aujourd'hui la politique.
Isabelle Vasseur est née Aubin, le 14 avril 1959, à Nancy. Mais elle a surtout vécu dans la banlieue lyonnaise, dans la petite ville de Saint-Cyr-au-Mont-d'Or. Du côté de sa mère, famille Gentin, les racines sont lorraines. Le papa, ingénieur des Mines, dirige l'usine Usinor de Metz. Les racines du père, famille Aubin, plongent dans le Gers. Le grand-père paternel, gascon, a été officier, commandant des spahis au Maroc. Prisonnier de guerre en Allemagne, il s'est évadé deux fois. Le père, Michel (saint Michel, patron des paras, ça tombe bien !), a été officier en Indochine, puis en Algérie. En 1959, année de naissance de notre future députée (!), il démissionne pour contester la politique qui se dessine en Algérie.
De Gaulle ou pas De Gaulle
« Il ne voulait pas renier sa parole d'officier, abandonner les populations sur place », nous dit avec compréhension celle qui se définit pourtant comme gaulliste. Si, comme on le devine, le père ne sera jamais franchement pro-De Gaulle (il deviendra même l'ami d'Helie de Saint Marc, emprisonné pour avoir fait partie du putsch des généraux), en revanche, du côté de la famille maternelle, lorraine donc, on est très pro-Général.
Milieu catholique conservateur, mère (Nicole) au foyer, père qui reprendra finalement du service de 1969 à 1979 en tant qu'officier de réserve, Isabelle grandit, troisième d'une fratrie qui comprend trois filles et deux garçons. Ecole privée comme il se doit, d'abord au collège de Saint-Didier, puis au lycée de Chevreul à Lyon. Bac littéraire, avec latin, anglais et allemand, et même mathématiques renforcées. Bonne élève, Isabelle aimerait faire avocate. Mais Michel Aubin n'est pas trop d'accord. Le rugueux militaire se méfierait-il des « bavards » ? Décidément pas contrariante, Isabelle décide de faire infirmière.
La fenêtre de l'humanitaire
Après une année à la faculté catholique de Lyon où elle passe un certificat de « psycho-pédagogie de l'enfant et de l'adolescent », elle intègre l'école Saint-Joseph. Diplôme en poche, elle se marie dans la foulée en février 1980 avec un ingénieur agricole de l'école d'à côté, Benoist Vasseur. L'heureux élu est fils d'une famille d'agriculteurs implantée à Hautevesnes. Le couple rejoint donc le département de l'Aisne. Et tandis que son époux reprend la ferme familiale et se spécialise dans la polyculture, Isabelle Vasseur devient infirmière hospitalière au centre médico-chirurgical de Villiers-Saint-Denis. Dans la foulée, elle fait deux garçons, en 1981 et 1982. Suivront deux filles en 1986 et 1989. Ce qui s'appelle s'organiser de façon toute militaire. En 1990, après une interruption de travail pour élever ses enfants, qu'elle a mis également à profit pour s'initier aux travaux de la ferme, Isabelle Vasseur reprend du service à la polyclinique de Courlancy de Reims.
Là, lors d'une césarienne, en discutant avec le chirurgien de service, elle apprend que ce dernier appartient à l'association humanitaire « Rizière, aide à l'enfance en Asie ». Le but : former ceux qui seront amenés à soigner et à former à leur tour des gens sur place. Pour elle qui a été chef scout, se reconnaît volontiers dans les valeurs humanistes de l'écrivain Saint-Exupéry, et que la saga humanitaire a toujours fait rêver, c'est une porte qui s'entrouvre sur le monde. Elle prend contact avec l'association, adhère, ira même jusqu'à la présider. Des années de travail de fourmi avant d'obtenir enfin le droit de s'envoler à son tour pour le Vietnam en 1998. Ces missions (cinq séjours au total de deux ou trois semaines) l'emmènent sur les traces de son père, notamment à l'hôpital Hoi-An que l'officier a connu jadis sous le nom de Faifo au temps de l'Indochine. Ne se croirait-on pas dans le film-quête le Crabe-tambour de Pierre Schoendoerffer, un de ses films favoris?
Cap sur la politique
Du métier d'infirmière à l'humanitaire, il n'y a qu'un pas. Et de l'humanitaire à la politique ? C'est son mari cette fois qui ouvre le chemin, devenant premier adjoint de la petite commune de Ronchères en 1982. En 1995, Isabelle Vasseur prend la relève tout en continuant d'exercer son métier. En 2002, elle postule sur un coup de tête à la vice-présidence du syndicat départemental des déchets ménagers contre Dominique Jourdain, maire PS de Château-Thierry. « Le petit Chaperon rouge » de l'assemblée (son surnom) bat Jourdain à la surprise générale. C'est la première fois, ce ne sera pas la dernière. En 2004, lors d'une triangulaire âprement discutée entre le PS et le FN, elle empoche le canton de Fère-en-Tardenois tenu par le communiste Jacques Hurmane. A cette occasion, elle met en pratique la fable des deux voleurs qui se battent pour un âne et que le troisième larron emporte. La Fontaine n'est-il pas de Château-Thierry ? En 2007, alors que la place était prévue pour Renaud Dutreil (il se présentera finalement à Reims), elle obtient in extremis l'investiture UMP pour les législatives et bat à nouveau Monsieur Jourdain qui doit commencer à se dire qu'il fait de la politique sans le savoir. Tout cela démontre si besoin est que lorsque la locomotive Isabelle Vasseur est sur les rails, elle ne s'arrête pas en chemin.
Maire de Ronchères depuis 2008, conseillère générale, députée (j'oublie diverses responsabilités), Isabelle Vasseur planche aujourd'hui sur le sys tème français de santé afin d'apporter ses compétences et son ardeur dans la bataille des présidentielles de 2012. Elle sera derrière Nicolas Sarkozy bien sûr dont elle ne doute pas en bon mousquetaire de sa réélection. A moins que ce ne soit par bravade gasconne...
Bruno Testa

Issue de la famille gaulliste, j’ai adhéré dès sa création au grand parti de rassemblement des formations de droite qu’est l’UMP. J’y ai rencontré des hommes et des femmes empreints des valeurs qui m’animent : valeurs de respect, de tolérance, de justice et de solidarité.



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